Différences entre cousins

topic posted Fri, February 27, 2004 - 11:53 AM by  Unsubscribed
Vivons nous dans le même village gaulois avec vous cousins du Québec, ou êtes vous avant tout des Américains ?
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Unsubscribed
  • Re: Différences entre cousins

    Thu, August 11, 2005 - 2:04 PM
    QUI S'EN SOUVIENT?

    Wampanoags, Paranokets
    Est-ce que ça vous dit quelque chose?
    Je continue Naragansetts
    Béotuks, Péquots. Je fais une pause

    L'Espagne, la France, l'Angleterre,
    Déjà là c'est plus reposant.
    Pour discuter vocabulaire,
    Faut commencer par être vivant.

    Pour assurer notre survie
    On a tué bien des personnes.
    Leurs noms ne sont pas tous écrits
    Dans les régistres de la Couronne.

    Si j'ai le droit d'parler français?
    Du fond de mon coeur, des os de mon corps,
    Va demander ça aux Iroquois.
    Pis profite-z'en, y en reste encore.

    --Richard Desjardins, Montréal, 4 janvier 1989--



    Je suis Québécois. J'habite à Sombaa'Ke, dans le Denendeh (Yellowknife dans le grand Nord canadien, Territoires du Nord-Ouest, selon les régistres coloniaux)

    Ici, 50% de la population est autochtone ou inuit. Il y a 11 langues officielles: le tlicho, le chipwyan, le cri, l'esclave du Nord, l'esclave du Sud, le gwich'In, l'inuktitut, l'inuvialuktun, l'innuinaktun, l'anglais (dominant) et le français.

    Je me considère d'abord comme un être vivant; pas comme un Québécois, un Canadien, un Américain ou un Français.

    Culturellement, mon baggage est d'abord Québécois. Je parle le québécois, j'écoute de la musique québécoise, je lis des livres québécois... mais je ne me cantonne surtout pas à cela. Je caracole au travers de la culture internationale. J'adore la littérature moderne française , la BD belge, la musique sud-américaine, le cinéma underground américain, le cul des Métisses. Je parle courramment trois langues et j'en baragouine quelques autres. Si je suis au Québec le jour de la St-Jean Baptiste, je vais foutre la merde dans les partys nationaliste en chantant des saloperies comme "La ballade des gens nés quelque part" de Brassens.

    Le fait de cotoyer tous les jours des Dénés et des Inuvialuits nourri également grandement mon identité. Je partage avec ces cultures l'attachement communautaire intense, la manie de conter des "jokes" à tout bout de champ et la philosophie d'appartenance à la Terre. Leurs chants traditionels sont aussi très similaires au folklore québécois. J'ai parfois l'impression qu'on a piqué le concepts de chanson à répondre aux "Indiens"....

    J'ai pris un cours de tlicho, mais seulement 35% des Tlichos parlent leur langue, ce qui en fait le groupe autochtone dont la langue se porte le mieux au Canada, juste après les Inuits. Chez les 45 ans et plus, plusieurs parlent toutefois le français, une langue qu'ils ont apprise dans les "Pensionnats Indiens" où, jusque dans les années 1970, ils étaient kidnappés et emmenés de force par les agents de la Gendarmerie royale. Les prêtres oblats qui les instruisaient les battaient quand ils osaient parler leur langue ou pratiquer leurs rites

    Les anglo-canadiens ont évidemment aussi une grande influence sur moi. L'anglais est la langue que j'emploi le plus souvent désormais. Cependant, j'ai encore beaucoup de misère à m'adapter à leur culture très différente de la mienne. Ils sont généralement beaucoup plus conformistes et obéissants que les Québécois. Ils sont plus nombreux à pratiquer la religion, plus réservés, moins libérés sexuellement, ils rient moins et se battent plus. Je pense que j'ai plus de points communs avec les Autochtones qu'avec eux. Je ne me sens pas du tout Canadian même si je lis Adbusters tous les mois.

    Par ailleurs, quand j'entends un Français m'appeler son "cousin", ça me fait toujours drôle. À part la langue, nous ne nous ressemblons pas tant que ça. La France a abandonné sa colonie d'Amérique du Nord au 17e siècle et c'est plus ou moins resté ainsi jusqu'aux rapprochements des années 1960. En 300 ans, les Québécois ont eu amplement le temps de se constituer une culture à eux. Si les Français sont mes cousins, les Tlichos sont certainement mes frères.

    Quand j'entends la chanson "La langue de chez nous" d'Yves Duteil je m'indigne. Tant qu'à moi, il s'agit d'un hymne colonial en bonne et due forme. "Un bulle de France au nord d'un continent", laissez moi rire! J'en ai fait une parodie particulièrement acide:

    C'est une langue laide avec des mots cruels
    qui porte son histoire à travers ses massacres
    où l'on sent les Croisades, le sang des infidèles,
    la guerre d'indochine et les plaies des Ouendaks

    Et du Mont Saint-Michel jusqu'à la Contrescarpe
    En écoutant bêler les chantres de ce pays
    On croirait leur passé plus muet que la carpe
    ou qu'ils souffrent tous de violente amnésie

    Dans cette langue laide aux accents de souffrance
    où la haine de l'autre est déjà dans le ton
    c'est d'abord en parlant que la boucherie commence
    et l'on use de paroles autant que de bâtons

    les voix ressemblent aux coups de fouets et de misère
    elles réondent aux esclaves, aux nègres dans les bateaux
    parfois même à l'enfant qu'elles séparent de sa mère
    en gromellant tout bas "un jour j'aurai ta peau"

    C'est une langue laide aux quatres coins du monde
    une mer de torture sur cinqs continents
    Elle rapelle des douleurs infiniment profondes
    enfermé dans les geôles ou derrière les carcans

    Elle a violé des femmes par delà l'Atlantique
    elle a quitté son trou, étendu son territoire
    et commen un missionaire de retour d'Afrique
    elle revient nous vanter ces blanchiements de Noirs

    Nous dire qu là-bas, dans ces arpents de neige
    elle a troué les coeur de peuples si généreux
    et imposé ses mots jusque dans les collèges
    et qu'ils parlent encore la langue de chez eux

    c'est une langue laide, à qui veut bien l'entendre
    elle offre des trésors de richesses infinies
    mais si jamais vous osé nommé ceux qu'elle fit pendre
    alors soyez certains à jamais d'être honni

    Et des rives du Mékong, jusqu'à la Côte d'Ivoire
    En regardant pâtir les gens de ces pays
    on se dit qu'il y aura toujours au moins l'histoire
    pour nous remémorer toutes les infamies

    Et du grand Denendeh jusqu'à la Côte Nord
    en regardant périr les peuples de ces pays
    Ont ce dit qu'il y aura , qui sait, un jour l'espoir
    que soit racontée toute l'ignominie

    Je l'ai chantée "live" deux fois à la radio communautaire francophone de Yellowknife où je fais du bénévolat.

    Alors, bref, pour répondre à ta question je dirai comme Tomas Jensen "Que vale la bandera? No tengo". Ce à quoi j'ajoute que je suis prêt à embrassser tous les hommes et toutes les femmes de la planète, tant qu'on me permet de rester moi-même, un individu libre qui parle une langue de nègre colonisé.

    Mashi cho,

    Batiste
    • Re: Différences entre cousins

      Wed, January 11, 2006 - 12:16 PM
      AyoïLLe ! on bûche dans le décor, camarade Batiste? Ça fait du bien d'entendre enfin un écho ET de mon accent ET de ma philosophie en ce qui a trait aux questions d""ÉdentifiKätion KüLtÜRâLe...et viva l'iconoclastie Astie!

      SaLuts à vous vaLeureux "exiLés" des cités mornes et asservies au despotentat pétro-mobile et à ses tentacules abrûtissantes..

      Et pis Heille, Cou'donc? mon cher Sieur Batiste, ça serait'y encore une information valide à savoir qu'il y aurait des diffusions radiophoniques de saveur et provenances québécoises mais à partir du Yukon et environs ces temps-ci?
      Et si l'information vaut toujours , sauriez-vous-tu me dire, par un éLan d'vot'bon coeur, comment çé t'y qu'on "capterait" çä de par cheux-nous?

      { Ondes-courtes, sateLLÿte, podcassse you-name-it .. . . . ¤ }

      En toué cas bons baisers de Québec la Capitale" (d'on sait pus trop quoi!), en banlieue de WeNdâKé, ou je préfère souvent me tenir, quand chuis dans les parages... ~{¦;?)}§==C

      ¸ jÄn pàQèt,
      ¸ frogophône d'Andromède. . .
      • Re: Différences entre cousins

        Sat, January 14, 2006 - 10:08 AM
        lô,

        Yellowknife c'est pas au Yukon, c'est aux Territoires du Nord-Ouest, Denendeh.

        Et la radio, CIVR Radio Taïga est présentement seulement disponible à Yellowknife. On travaille à une version Internet et/ou Podcast. Mais on est juste des bénévoles, fak ça avance pas bin vite.

        "Les boeufs sont lents, mais la terre est patiente", comme disait le nationaleux Falardeau.

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